Du carnaval d’Oruro au lac Titicaca

Nous partons de la belle ville de Sucre pour rejoindre le carnaval d’Oruro, plus gros évènement bolivien. Il fait beau, donc on décide de prendre une route qui contient une portion de 100km de piste déconseillée par les autres voyageurs. On s’arrête à un premier péage, juste derrière un camion avec des boliviens dans sa benne. Perrine sort pour payer, et se prend une grosse bombe à eau! Et oui, dans la tradition du carnaval, c’est bataille d’eau générale. Ils sont tous avec des bombes à eau et des pistolets géants, ainsi que des bombes de mousse! Gare aux fesses! On réussit à passer les 100km sans goudron sans trop de problème, même si on doit passer quelques rivières, d’énormes éboulements qui occupent toute une portion de la route et des trous et crevasses dans la boue. Heureusement qu’on a une voiture avec un châssis haut! L’autre partie de la route est très bonne, mais il y a quand même de gros éboulements, on reste donc vigilents. On finit par arriver à Oruro, où on décide de se poser sur le parking de l’aéroport, à côté d’un couple de retraités français en pick-up avec cellule. On ira acheter nos billets dans les tribunes le soir même, qui nous permettront de suivre le carnaval le samedi et le dimanche.

Le lendemain, on se lève tôt pour notre premier jour de carnaval. Le défilé commence à 6h du matin, mais nous on y sera pour 7h30. Quand on arrive, on constate que la plupart des gradins sont vides. Au fait, on est encore au moment des processions religieuses, des défilés de religieux en soutane, proclamant des prières. Une heure plus tard environ, arrivent les premiers défilés en costume de carnaval. Il y a de tout, de toutes les couleurs et tous les types de danse: des ours, des diables, des anges, des hommes vaches, des danseuses en mini jupe, d’autres en habit traditionnel, des danseurs en pantalon avec des clochettes sur leurs bottes, des indiens, des sortes de poissons, et même un groupe déguisé en noirs qui fument des grosses pipes. Par contre, pour changer de la diversité des costumes, ils n’ont qu’une seule musique de carnaval, un peu lassant à force. La quantité de personnes qui défile est impressionante. Il n’y a aucune pause. Il parait qu’ils seraient plus de 80 000 danseurs et musiciens.
On restera toute la journée dans notre tribune à regarder le défilé, avec seulement quelques pauses pour se dégourdir les jambes. On partira vers 21h30 pour pouvoir rentrer dans l’aéroport, mais nous avons à peine passé la moitié du défilé de la journée…
On prend donc un taxi qui nous dépose devant un portail de l’aéroport… fermé! On se rend compte que c’est le portail de la partie militaire, donc on file 200m plus loin vers la vraie entrée, qui est elle aussi fermée! Il est 22h, on est dans la banlieue d’Oruro, notre voiture est sur le parking d’un aéroport fermé, et tous les hôtels sont pleins pour cause de carnaval… Nous repartons donc voir au portail des militaires, un jeune en uniforme nous ouvre, on lui explique, mais il nous dit qu’il n’a accès qu’à la piste, et pour aller sur le parking touristique c’est compliqué! On en déduit que c’est compliqué mais pas impossible et on insiste. Mais c’est un jeune qui a peur des chefs et il a peur de faire une bêtise. Au bout de 10min, une voiture arrive devant le portail de l’aéroport, on y court, et par chance c’est le gardien ! Il nous ouvre et tout finit bien, mais petit coup de stress avant de dormir.

Le lendemain, on se lève plus tard, et on se fait inviter par nos voisins français au petit déjeuner. Ils voyagent depuis 4 ans, on a encore du boulot.
Par la suite on retourne au carnaval, mais nous trouvons moins bien que la veille, les danseurs semblent moins impliqués. On y restera quand même la journée, en prenant l’apéro avec nos voisins boliviens. Pour eux c’est vraiment la fête de l’année et un des seuls moyens de se détendre.

Pour se remettre de la folie du carnaval, on décide de se rendre au parc Sajama pour retrouver un peu d’isolement. Sur la route on s’arrête dans un petit village pour manger, et on retrouve le carnaval. Ils ne s’arrêtent donc jamais ici! On passe ensuite au pied du volcan Sajama, le plus haut sommet de Bolivie avec 6542m. C’est magnifique même si le temps est un peu couvert. Dans le parc, nous ferons une petite rando jusqu’aux geysers, puis retour au village pour prendre des infos sur l’ascension du Parinacota, que nous voulions faire après l’avoir vu du côté chilien et trouvé magnifique. Mais le guide n’a pas l’air professionnel du tout, il nous propose même de nous indiquer le chemin à 5200m d’altitude et nous laisser faire les 1100m de dénivelé restants touts seuls… On abandonne donc l’idée de faire ce sommet, et en plus il ne fait pas beau donc on va pas s’attarder ici. On passera une dernière nuit bien froide au bord du lac dans le parc.

Direction La Paz sous des trombes d’eau, et un chemin de terre chaotique. Mais ça passe quand même avec notre super voiture! Au passage, contrôle de routine de la douane avant La Paz, on montre notre papier d’admission du véhicule en Bolivie (une sorte de passeport de voiture), sauf que nous n’avons plus le bon… Il a été interchangé à un contrôle précédent! Heureusement ici les douaniers ont du réseau, ils voient donc bien que nous sommes dans leur base de données, mais ils nous expliquent que sans cela ils nous auraient confisqué le véhicule! C’est rassurant. On va donc directement à la douane de La Paz se faire imprimer un nouveau document. C’est donc sans conséquences mais ça aurait pu mal finir.

On arrive sur La Paz par El Alto, la ville au dessus. Et là, c’est impressionnant, toute la vallée est construite sur les montagnes, les rues ont des pentes incroyables, et c’est la jungle pour conduire. Qu’est ce qu’il leur a donc pris de construire une ville ici… En tout cas on s’en sort plutôt bien et on trouve un petit hôtel sympa et pas trop cher.

Le lendemain matin, on prend un petit déjeuner de l’espace puis on va se renseigner pour réaliser notre défi du moment: un sommet à plus de 6000m. On a donc pris un tour avec une agence de La Paz réputée et qui n’emploie que des guides certifiés et formés par des guides de haute montagne français, pour grimper en haut du Huayna Potosí, qui culmine à 6088m. L’ascension se fera en trois jours, pour une meilleure acclimatation et un meilleur pourcentage de réussite, d’autant plus que c’est notre première expérience d’alpinisme.
Après avoir signé les papiers qui déclinent toute responsabilité de l’agence en cas de décès, nous allons faire un tour vers le marché noir de La Paz. On en avait entendu parler, mais de voir des foetus de lamas séchés empilés comme des paires de chausettes sur les échoppes, ça fait bizarre. Il y en a qui ont tous leurs poils, comme s’ils étaient prêts à naître et à courrir dans les champs avant qu’ils les aient retirés du ventre de leur mère. Au fait, ils les utilisent comme offrande à la Pachamama, la terre-mère. On verra également des potions magiques et touts autres types d’offrandes.
Après cela, on décide de faire un tour en téléphérique pour aller sur les hauteurs de La Paz, dans la commune d’El Alto. Et là, on voit qu’une voiture est tombée de la route, coincée entre deux falaises! La vue est impressionnante depuis le haut du téléphérique, avec cet infinité de maisons en briques rouges construites les unes à côté des autres.

Le lendemain, nous passons une journée calme à nous promener dans les rues de La Paz, puisque le jour suivant nous commençons notre ascension, et pour mettre toutes les chances de notre côté nous voulons nous reposer. On sera quand même allés sur la place principale de La Paz, infestée de pigeons et entourée du palais présidentiel, d’un musée et du tribunal. Nous irons aussi dans la rue la plus jolie de La Paz, toute pavée et entourée de jolies habitations colorées. Après cela, nous sommes allés essayer l’équipement pour l’ascension de Huayna Potosí, puis sommes allés nous reposer tranquillement à l’hôtel.

On arrive au jour J! Le début du trek! On a RDV à l’agence à 9h pour partir immédiatement vers le camp de base qui culmine à 4700m. En contrebas il y a des mines, depuis lesquelles nous entendrons quelques explosions de dynamite. On déjeune puis on part s’entrainer à marcher avec les crampons en cordée et à utiliser le piolet pour l’escalade sur glace. Les premiers essais de l’escalade sont concluants, on s’en sort bien selon notre guide. Il nous annonce que nous aurons une paroi de 25m de hauteur à escalader le jour de l’ascension. Outch, c’est beaucoup! On rentre ensuite au refuge, où nous prendrons notre goûter avec un grand thé de coca, boisson qui nous accompagnera les trois jours du tour.
Le premier jour consistait donc à l’initiation sur glace, et on a bien apprécié de le faire à 4700m plutôt qu’en pleine ascension dans la nuit.

Le deuxième jour consiste à faire une randonnée de moins de deux heures pour atteindre le second refuge. Et aujourd’hui, grand soleil et ciel bleu, ce qui nous permet d’avoir une vue sublime sur les montagnes enneigées et sur notre objectif. Tout le trek était en pente, ce qui fait que nous avons bien senti l’altitude et les premières difficultés pour reprendre notre souffle. Arrivés au refuge à 5130m d’altitude, nous mangeons puis notre guide nous fait un cours sur les différentes techniques d’anclage sur glace et les différents types de noeuds avec leurs avantages et inconvénients pour chacun. On doit à notre tour faire les noeuds, et on s’en sort encore super bien, Andres est fier de ses élèves, et en même temps c’est un bon prof! Arrivent ensuite le frère d’Andres, Julio et son client, un suisse allemand. Dans leur famille ils sont quatre frères, tous guides de haute montagne (et bien sûr formés par des guides français). Tous deux partent en repérage pour le lendemain, et nous restons tous les trois à jouer aux cartes et à boire du thé de coca pour passer le temps jusqu’à l’heure du dîner, 18h! Aurélien ne se sent pas très bien et n’a pas beaucoup d’appétit. Il prend donc un doliprane et réussit à manger un peu, c’est primordial pour réussir l’ascension. Nous allons finalement nous coucher pour une nuit de 4/5h.

Arrive le jour de l’ascension, nous nous levons à minuit, avalons un petit dej et nous nous habillons avec legging, pantalon de randonnée, pantalon de ski, baudrier, double paire de chaussettes, chaussures en plastique pour crampons, lycra, polaire, manteau de ski, cagoule, casque, lampe frontale, sous gants et gants de ski. De vrais bonhommes Michelin! On mettra les crampons après avoir passé tous les refuges. Bonne nouvelle, Aurélien a bien récupéré pendant la nuit, et il se sent très bien. Parfait, on peut partir sereins et en plus, on n’a même pas mal à la tête.
Nous partons donc du refuge, en y laissant toutes nos affaires puisque nous prenons juste notre sac à dos avec de quoi s’hydrater, quelques barres de céréales, une doudoune et nos lunettes de soleil glacier. Nous avons beaucoup de chance car le ciel est complètement dégagé, nous voyons les étoiles et nous aurons un beau lever de soleil assuré.
Nous passons la “barrière” des refuges, après avoir escaladé des rochers. Nous mettons donc nos crampons et nous attachons en cordée. En premier, le guide, ensuite moi puis Aurélien. Une douleur au ventre apparaît pour Perrine, la digestion du petit déjeuner est assez difficile avec l’effort en plus. Andres m’explique que pour lui c’est pareil, et qu’en plus nous respirons de l’air froid, ce qui n’arrange pas l’estomac. Il me dit aussi qu’à partir d’un point plus haut, cette douleur part. Je lui fais donc confiance, en espérant qu’il a bien raison. À une pause, Julio le frère de notre guide dit à Perrine qu’elle positionne mal ses crampons. En effet elle les mets de front, ce qui cause une fatigue inutile puisqu’il faut plutôt mettre les pieds perpendiculaires à la pente et croiser / décroiser les jambes. À chaque pause, on s’assoit et on essaie de respirer le maximum d’oxygène possible. On respire à pleines goulées! À un moment, on voit une cordée abandonner et faire demi tour. On a maintenant froid à chaque fois qu’on s’arrête, mais faire des pauses est primordial pour récupérer, parce que physiquement c’est très dur. Il faut donc avoir aussi un très bon mental pour tenir bon et continuer, car en plus de l’épreuve physique, l’altitude joue sur nos nerfs et nous nous sentons très fatigués.
Nous tenons bon! On arrive au niveau de la paroi de 25m à escalader à l’aide du piolet et des crampons qu’on plante dans la neige pour se hisser. Cette paroi symbolise également la moitié du trek. On escalade cette paroi, en utilisant encore une fois beaucoup de forces. L’obstacle passé, nous continuons à marcher normalement, en cordée avec notre guide. Nous distinguons des crevasses à droite, à gauche. On se rend compte qu’il ne vaut mieux pas faire un pas de travers, sinon c’est la chute assurée dans le ravin! Toute la concentration est au rendez-vous, on oublie les différents maux et on fonce. On avance lentement mais sûrement, notre guide nous annonce qu’on va ralentir le pas puisque nous sommes dans un bon timing. Notre cordée arrive finalement au pied du sommet. On avait déjà pu admirer les lumières des villes en contrebas, ainsi que des orages avec éclairs. Maintenant, nous marchons sur la crête large de 50cm, qui mène au sommet, qui a d’un côté une parroie de 100m, de l’autre de 1000m. Ici on n’a pas la place de mettre les pieds côte à côte. On ne fait pas les malins, mais on a passé la barre des 6000 et on voit le sommet, alors on affronte notre dernier obstacle, tout doucement,et nous arrivons enfin au sommet. C’est splendide, magnifique de beauté. On est les plus hauts du monde entier (ou presque), on voit tout! Les rayons du soleil sortent de l’horizon, pour colorer le ciel d’orange et la neige de rose. On est vraiment très heureux, plein d’émotions pour avoir accompli notre défi, et on n’a plus mal nul part! C’est vraiment une sensation indescriptible, d’extase total.

Vient le moment de la descente. Aurélien passe premier de la cordée cette fois. On se rend compte alors des paysages qu’on a traversés cette nuit. Plein de crevasses, de grottes auprès desquelles on est passés sans à peine s’en rendre compte. On doit aussi desescalader le mur de 25m de hauteur. On est morts de fatigue, c’est vraiment un gros effort: on doit descendre en plantant le piolet et les crampons, en se tenant à une corde. Sauf que cette corde ne va pas jusqu’en bas de la paroi, sans quoi ça serait trop facile! On doit donc se planter sur la paroi et attendre que notre guide descende à son tour, en évitant les morceaux de glace qui tombent, générés par son passage. Puis on redescent tranquillement tous les trois, et on finit par arriver au refuge vers 9h du matin. Aurélien ne se sent pas très bien, et on n’a qu’une envie: dormir! Mais notre guide nous l’interdit, car selon son expérience les gens qui dorment mettent beaucoup de temps à se réveiller et l’expédition du retour prend du retard.
Car non, ce n’est pas fini! Il faut encore redescendre jusqu’au refuge du premier jour, en glissant sur la neige et avec nos sacs à dos remplis à fond. On y arrive après une bonne heure de marche, puis nous montons dans le van qui nous ramènera à La Paz, où l’agence nous offrira un t-shirt avec marquée dessus notre fabuleuse ascension à 6088m.

Nous irons donc nous reposer dans notre hôtel et en ressortirons juste pour aller manger une énorme pizza!

Le lendemain, bien remis, nous partons vers le lac Titicaca, notre dernière étape bolivienne. Ce lac à 3800m d’altitude ressemble à une mer. Les paysages sur la route en arrivant sont grandioses. Nous devons prendre un bac avec notre voiture pour rejoindre l’île sur laquelle se trouve Copacabana. En réalité, ça ressemble plutôt à un radeau à moteur qui se balance bien avec les vagues. En arrivant sur l’île, on s’aperçoit que toutes les collines sont parsemées de murs, créant des terrasses, probablement construites pour l’agriculture. On arrive finalement à Copacabana, où nous installons le bivouac dans le jardin d’un particulier, au bord du lac Titicaca. Magnifique.

Le jour d’après nous allons visiter l’Isla del Sol. Elle est très jolie mais malheureusement coupée en deux parties puisque ses habitants sont en conflit pour des raisons de constructions de cabañas. On se fera gentiment demander de rebrousser chemin alors que nous nous dirigions vers la partie nord, fermée aux touristes.
On sera donc limités dans nos découvertes incas. On montera néanmoins le joli escalier de l’inca, entouré de mignons petits jardins en terrasse, bien entretenus. Il nous offre de très jolis points de vue sur le lac Titicaca et ses îlots. Nous allons ensuite visiter le Palacio del Inca, qui n’a pas franchement beaucoup d’intérêt mais passe plutôt pour une maison locale abandonnée. Il offre cependant une très belle vue. Nous montons ensuite en haut de la crête de la colline, ce qui nous permet d’observer le décor de part et d’autre de l’île. C’est très beau. Nous partons ensuite à la recherche d’un petit resto où nous dégusterons une truite, excellente comme toujours. Les attractions sont maintenant terminées puisque l’autre partie de l’île est fermée, nous retournons donc au port où nous prenons le bâteau retour pour Copacabana.

Le lendemain, nous quitterons la Bolivie pour le dernier pays de notre voyage: le Pérou.

Nos statistiques cumulées depuis le début du voyage jusqu’au lac Titicaca

Nombre de nuits dans la voiture : 70
Nombre de nuits en tente : 12
Nombre de nuits en hôtel, refuge ou lodge : 30

Nombre de douches : 40

Nombre de kms de rando : 459,3 km
Dénivelés positifs randonnées : 22 555 m

Nombre de kms parcourus en voiture : 16 024 km

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