Du nord de l’Argentine au centre de la Bolivie

Dans cet article, nous raconterons nos derniers moments en Argentine et nos premiers pas en Bolivie, jusqu’à Sucre, la ville blanche.

Nous partons de Salta en Argentine pour effectuer la boucle nord. La route pour rejoindre notre première étape, la ville de Purmamarca, se fait dans la montagne, en pleine forêt, sur une jolie route en lacets étroite comme une piste cyclable. Pas facile pour la visibilité, mais c’est très joli. Arrivés à Purmamarca, où il y a la colline aux sept couleurs, nous faisons un petit tour dans la ville où il y a peut être une centaine d’artisans qui vendent des pulls et chaussettes en laine de lama, des nappes et accessoires pour touristes en tout genre. Les couleurs de leurs étals sont très flashy ce qui rend un côté sympa à ce petit village, sans oublier les bonnes odeurs de tortillas… Le soir, on installe notre bivouac au pied des montagnes colorées et au moment de se coucher des gendarmes viennent toquer à notre fenêtre, savoir si on n’attendait pas quelqu’un puisqu’ils voient des lumières là haut… on les verra redescendre quelques minutes plus tard, précédés d’un gars qui courrait en mini short!

Le lendemain, direction le Salar Grande. La route est très belle puisque toutes les montagnes sont très colorées, on se dit alors que Purmamarca est un petit piège à touristes puisque tout est aussi beau sur tout le trajet que sa montagne aux 7 couleurs. Une fois arrivés au Salar Grande, on est tout de suite conquis! Vu que c’est la saison des pluies, une fine pellicule d’eau est au dessus du sel et les montagnes aux alentours s’y reflètent. On peut quand même marcher sur le salar d’un des deux côtés de la route et observer des bassins de récupération du sel. C’est très joli, et ça éblouit comme au ski!
On se dirige ensuite vers Humahuaca en faisant une halte à Maimara où il y a des montagnes colorées, qu’ils appellent palette du peintre avec les ronds que forment les tâches de couleur. Malheureusement on les verra de loin puisqu’il y avait des travaux sur toute la zone d’accès. Tant pis, on rejoint Humahuaca où on ira bivouaquer à quelques kilomètres de la montagne aux 14 couleurs… Et oui, cet article est haut en couleurs!

Le lendemain, le temps ne se lève pas et on décide de retourner au village de Humahuaca déguster un excellent filet de lama. Décidément, on n’est jamais déçus, c’est vraiment bon. On profite de l’après midi et d’une fenêtre de beau temps pour prendre la route de la fameuse montagne aux 14 couleurs, à 4350m d’altitude, et on n’est pas déçus non plus, c’est vraiment majestueux! Une fresque de triangles alignés les uns à côté des autres, de toutes les couleurs : jaune, vert, bordeaux, orange, rouge, vert-bleu… avec, pour ne pas gâcher le spectacle, des sommets enneigés juste à côté. Bien sûr, le souffle est plus court là haut, on sent vraiment le manque d’oxygène et le coeur qui bat plus vite. Le soir, nous nous approcherons de la frontière bolivienne en dormant dans une station service dans la dernière ville argentine, La Quiaca.

Aujourd’hui, nous commençons la journée par le passage de la frontière bolivienne, celle qui nous aura pris de loin le plus de temps… et sans tampon d’entrée dans le passeport, parce qu’ils n’en ont plus. À la place, on a un espèce de ticket de caisse tamponné par l’Argentine. Bienvenue en Bolivie! Directement, on voit qu’on a changé de pays puisque toutes les dames sont habillées en habits traditionnels, jupe, sandalettes avec collants, petit gilet sur un corsage, tablier, deux tresses surplombées d’un chapeau et leur espèce de baluchon dans lequel elles transportent beaucoup de choses. Nous nous dirigeons ensuite vers la ville de Tupiza, où nous nous posons dans un petit hôtel avec parking, en Bolivie il n’y a pas de campings! Nous nous promenons dans la ville, dans le marché noir où ils vendent tout et n’importe quoi: des câbles, des pelles, des bidons, des savons, des pâtes, des épices, des pneus… C’est rigolo de voir cet attirail de tout et n’importe quoi! On va ensuite dans une agence de voyage où nous prendrons un tour pour le Sud Lipez et le Salar d’Uyuni. Et oui, on va laisser notre voiture, et après coup, vu l’état des routes nous avons bien fait.

Le lendemain, on va visiter les montagnes aux alentours, selon les conseils du directeur de l’agence. Et c’est effectivement très beau, plein de couleurs somptueuses, du rouge surtout, mais aussi du vert. La route est au bord du ravin et passe entre les falaises aux formes magnifiques, on se croirait au far west, encore une fois! On passe dans des petits villages aux maisons en adobe qu’on pense inhabitables et pourtant… les boliviens y vivent bien! On prend ensuite la route du retour vers Tupiza puisque le temps devient menaçant. Effectivement nous serrerons un peu les fesses à passer sur les routes glissantes (et oui, elles sont en terre et pas en goudron!) sous la pluie torrentielle. En arrivant au village, toutes les rues sont inondées, mais ça n’empêche pas les tuk-tuk de circuler! Nous sommes ensuite allés faire notre premier footing depuis le début du voyage, à 3000m d’altitude on a bien galéré!

Nous nous réveillons le lendemain tôt pour notre tour qui part à 7h du matin. Notre guide s’appelle Pepe et nous avons une cuisinière avec nous, ainsi qu’un couple de français de notre âge. Bien sûr, il pleut. Les paysages sont tip top avec les formations rocheuses très colorées et de toutes les formes près de Tupiza. La route ensuite est vraiment dans un sale état, et on s’embourbera plusieurs fois. À un moment, on traverse même une rivière qui était si profonde que l’eau arrivait jusqu’à la portière. Bref, on était bien contents de pas avoir eu à conduire sur cette route pourrie. Nous monterons à une altitude maximale de 4880m et nous verrons des vigognes, lamas et des autruches sauvages.

Nous profiterons plus de la deuxième journée du tour, même si la pluie continue, elle est moins dense et on fait donc plus d’arrêts. On commence par la visite d’une ferme de lamas. Le guide nous explique que les lamas noirs sont beaucoup utilisés pour les sacrifices et valent 1000 dollars, puisque leur couleur noire représente le diable. On continue ensuite le trajet où on observe deux superbes lagunas peuplées de flamands roses. Leur reflet dans l’eau faisait comme un véritable miroir, c’était magnifique. On est ensuite allés prendre un petit bain dans les eaux thermales, et pour y accéder nous sommes passés près d’un salar. On se dirige ensuite vers la laguna verde, qui doit son nom à la couleur de son eau, verte, causée par les particules de cuivre qu’elle contient. Cette laguna n’était pas trop verte à cause des récentes pluies, mais elle est surplombée par le magnifique volcan Licancabur et du coup on est vraiment contents, c’est super beau. Ensuite, viennent les geysers, à presque 5000m d’altitude. Ils sont bien différents de ceux d’Atacama car ils fument même en journée. Le sol est de toutes les couleurs, et dans les geysers on a l’impression de voir du ciment qui bout et qui fait des petites explosions. C’est super beau. Dernière étape du jour avant d’arriver à l’hôtel, la laguna colorada, où franchement on est vraiment épatés. On n’avait jamais rien vu de tel avant. L’eau est rouge et peuplée de flamands roses et de lamas, surplombée par un volcan qui s’y reflète à la perfection. Dans cette eau flottent comme des icebergs des monticules de bromax, une matière blanche qui ne fait que rendre le lieu plus magique. Nous passerons la nuit dans une petite maison, près de laquelle nous irons nous promener et découvrir un avion écrasé sur les falaises qui surplombent le village, et cet avion, selon Pepe, appartenait à des narcotraficants qui viennent chercher la coca dans ces villages de haute altitude. On aura donc passé une journée haute en couleurs, pleine de paysages différents.

Le troisième jour sera moins dense. On commence par la visite d’un champs de roches de toutes formes. Selon l’imagination de chacun, on voit des choses différentes ce qui nous vaut quelques crises de rire. On apprend ce jour-là qu’il y a d’énormes inondations à Tupiza et qu’une quarantaine de maisons auraient été emportées, ainsi que le pont qui venait juste d’être inauguré. Apparemment notre voiture qu’on a laissée chez le patron de l’agence va bien, c’est déjà ça. On se dirige ensuite vers la laguna negra, et pour cela il faut marcher 10 minutes dans un champs de lamas. Et c’est super beau, on voit le lac d’une couleur noire depuis notre falaise, peuplé de canards sauvages. C’est super chouette. On se dirige enfin vers le canyon de l’anaconda, qui se nomme ainsi grâce à la forme que prend le fleuve qui s’écoule en bas des falaises.

On reprend la route vers Uyuni, et la ville est très moche. Une fois avoir posé les affaires dans l’hôtel, on se dirige vers le Salar d’Uyuni pour voir le coucher de soleil. Il est complètement inondé, mais c’est quand même très joli puisque tout se reflète dans l’eau. On attend donc pieds nus que le soleil se couche et on fait quelques photos rigolotes. Le coucher de soleil se cachera malheureusement derrière les nuages mais la luminosité et les jolies couleurs roses en feront tout de même un joli spectacle.

Dernier jour du tour, on se lève à 5h du matin pour aller voir le lever de soleil… qu’on ne verra pas trop non plus d’ailleurs, en raison du mauvais temps. Tant pis, on prendra des photos rigolotes avant de prendre la route du retour. En dernière visite nous irons voir le cimetière de train, qui servait auparavant aux mines et qu’ils abandonnaient près d’Uyuni une fois usés. C’est impressionant la quantité de trains. Nous rejoindrons ensuite Tupiza en passant par Potosi, puisque la route Uyuni-Tupiza est fermée à cause du pont qui s’est effondré par les inondations et donc qui coupe l’accès à la ville. Nous ferons 250kms de plus, et notre chauffeur nous fera quelques frayeurs. Nous serons donc bien contents d’arriver sains et saufs à Tupiza à 22h le soir, et de dormir dans un petit hostal dans le centre ville afin de se remettre de toutes ces émotions.

Le lendemain matin, on part petit-déjeuner sur le marché de Tupiza, et on tombe sur un vendeur un peu spécial! Après nous avoir préparé une omelette, le vendeur nous parle pendant 2h. C’est un ancien étudiant en philosophie, donc très content de parler à des français, qui a été dans le parti du Che lorsqu’il s’est fait assassiné en Bolivie. Il nous raconte donc beaucoup d’histoires sur la politique du pays, etc. Super rencontre.

On part ensuite pour Potosi, et comme d’habitude, contrôle de police en sortant de la ville. Ils nous demandent notre extincteur et une trousse de premiers secours… nous étions au courant pour l’extincteur mais pas la trousse de secours. Pas de soucis, on leur sort notre kit pour la rando, mais il nous sort une liste de désinfectants à avoir (mercure, et on ne se souvient plus du reste) on lui dit qu’en france la bétadine sert à tout ça et il finit par accepter. Par contre notre extincteur est périmé… on paiera 20 bolivianos (2euros) après avoir commencé à 100. Ça ira directement dans sa poche, nous savons qu’il ne faut pas payer les policiers corrompus, mais nous étions en tord cette fois ci.

Nous arrivons donc à Potosi, de premier abord, la ville n’est pas accueillante du tout, mais plus on se rapproche du centre plus c’est beau. Les bâtiments coloniaux sont magnifiques, et pour cause, Potosi a été la ville la plus riche au monde grâce à son Cerro Rico et ses mines d’argent. Le royaume d’Espagne exploitait donc ce filon, ce que nous verrons en visitant la Casa de la Moneda, où étaient fabriqués les Reals espagnols. La visite était très intéressante, avec les machines d’époque bien exposées.

Maintenant c’est direction Sucre, mais avant cela il faut faire notre premier plein d’essence en Bolivie. Ce n’est normalement qu’une formalité, sauf qu’ici il y a un prix étrangers (8,7 bolivianos/L donc environ 1 euro) et un prix pour boliviens (3,7/L bolivianos donc environ 40 centimes d’euros). Même si le prix étranger n’est pas très élevé comparé à la France, par principe il faut négocier. On s’en sortira à 6 bolivianos sans facture, pas mal pour un début.

Sucre est considérée comme la plus belle ville de Bolivie, et c’est ici que fut déclarée l’indépendance. Cette “blanche des amériques” est en effet très jolie et très agréable. Nous y resterons quelques jours, avec au passage une virée avec nos amis français des 4 jours du tour de Tupiza au marché de Tarabuco. Il a lieu tous les dimanches, et il se vend de tout, mais surtout de très beaux tissus.
On profitera de notre séjour à Sucre pour effectuer une rando de 2 jours dans la chaîne de montagnes voisine. On part en bus local, puis on commence la rando par 4,5km sur un ancien chemin Inca (restauré), tout en descente. Ensuite le reste de la journée se fera en légère montée, en passant au milieu des champs et maisons de paysans, et tout cela au milieu de montagnes multicolores. Les récoltes se font encore à l’ancienne ici, et le tout à 3400m d’altitude. On dormira à Marango, un petit village de paysans et tisserands, dans une espèce de petite auberge (nous avions la tente et tout le matériel mais on n’a pas trouvé d’endroit bien pour s’installer). Le village se trouve dans un cratère (pas de volcan mais ça y ressemble) avec des parois multicolores, comme des sortes de coussins de toutes les couleurs.

Le lendemain, on part à la quête d’empreintes de dinosaures, 6-7km après le village où nous avons dormi. On remonte le sentier au-dessus du “cratère” par les coussins colorés, on passe à côté de champs qui ressemblent à du riz et des cultures de quinoa, et on passe dans des paysages de montagnes colorées de vert, de jaune, de rouge et de violet, c’est super beau. À un moment, on tombe presque nez à nez avec une énorme vache! On est rassurés en voyant l’éleveur apparaître derrière. Juste après, une bonne femme aigrie arrive avec son troupeau de moutons et nous crie dessus en disant qu’il faut qu’on paie si on veut prendre une photo. Ben voyons! On traverse ensuite un petit village perdu, on n’est pas trop sûrs de notre chemin, et on doit passer une petite vallée par la rivière puisqu’au-dessus, une énorme vache nous attend! Finalement nous arrivons aux empreintes de dinosaures, qui sont très visibles, vraiment précises. On en voit de type T-Rex et de type diplodocus, toutes énormes. On est vraiment contents d’en voir pour de vrai!
On regagne ensuite la route vers Potolo où nous devons prendre le bus retour pour Sucre, en traversant quelques villages perdus et des champs partout. On verra même que l’eau qui s’écoule dans la rivière est blanche, comme si les habitants faisaient leur lessive dedans. Heureusement qu’on ne boit pas l’eau du robinet ici, elle est même intoxiquée en haut des montagnes, dans des villages perdus…

On arrive finalement à Potolo après 2/3h de marche dont la fin sous la pluie qui ne s’arrêtera pas de la journée. On prend le bus, qui s’embourbe au bout de 5 min de trajet. Ici tout le monde presque se parle en quechua du coup on ne comprend rien et Aurélien ne sait pas vraiment comment aider puisque de toute manière on ne comprend rien! Ils sortent pelles et bêches pour dégager le bus, et jettent des cailloux et des branches dans les sillons que les roues ont creusé dans la boue. On repart finalement, puis 10 min plus tard, rebelotte! On s’est de nouveau embourbés. Les mêmes travaux recommencent, à chaque fois nous passons une trentaine de minutes dehors à travailler pour que le bus reparte. Plus tard, un camion chargé de six vaches est embourbé devant nous. Il faut donc d’abord le dégager puis nous dégager nous. Ça sera le plus gros embourbage qu’on aura fait. Tous les hommes poussent le camion pour le sortir, avant d’avoir consolidé la route avec cailloux et branches. Ensuite, c’est le moment de pousser le bus, le tout au bord d’un ravin haut d’une centaine de mètres. On commence vraiment à flipper mais il reste beaucoup de kilomètres avant le premier village pour s’y rendre à pied. En plus, à chaque redémarrage, on voit bien les roues qui ne tournent pas et les quelques pertes de contrôle dues à la boue glissante. On finit par arriver en haut de la montagne, reste la descente, tout aussi dangereuse. Bien sûr, on se plante plusieurs fois encore, puis le conducteur de bus décide de ne plus redémarrer pour aujourd’hui. Soit on dort dedans, soit on finit à pied. On choisit donc la deuxième option et on suit les boliviens dans les montagnes, à travers la nuit qui commence à tomber. Une petite mamie marchait même avec sa poule dans les bras! À un moment, on les perd, mais on aperçoit les lumières d’un village et la route en contrebas. On décide donc de la rejoindre en desescaladant une petite falaise poreuse de 2/3m de haut, sur les fesses puisque tous les appuis qu’on tente nous restent dans les mains, comme du sable. On arrive finalement au petit village, où un van pour Sucre nous attend, avec les quelques boliviens qui nous précédaient dedans. Une fois le van rempli, nous partons pour Sucre où nous arriverons à un carrefour inondé par 20cm d’eau, et où deux dames nous accueilleront dans leur supérette le temps que la pluie se calme. Bien sûr, ça n’arrivera pas alors nous appelons un taxi qui nous déposera à l’auberge où nous avions laissé notre voiture. Après un repas pris vite fait dans un petit restaurant rapide à côté de l’hostal, nous nous jetterons dans le lit pour prendre un repos bien mérité. Nous serons donc partis de Potolo à 14h et sommes arrivés à Sucre à 22h, un voyage qui aurait duré quatre fois moins de temps par belle météo.

Nous passerons la journée du lendemain à nous reposer à Sucre, avant de se jeter dans les bras du carnaval fou d’Oruro, plus grand événement de Bolivie….

Nos statistiques cumulées depuis le début du voyage jusqu’à Sucre:

Nombre de nuits dans la voiture : 60
Nombre de nuits en tente : 12
Nombre de nuits en hôtel : 20

Nombre de douches : 37

Nombre de kms de rando : 403,3 km
Dénivelés positifs randonnées : 20 295 m

Nombre de kms parcourus en voiture : 14 841 km

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